La médecine naturopathique tire ses origines de l'hydrothérapie, une médecine dont le principe de base est d'utiliser les contrastes de températures par le biais de l'eau pour stimuler le système immunitaire. L'hydrothérapie a connu sa période la plus florissante en Europe de l'est, au milieu du dix-septième siècle, notamment grâce au Père Kneippe qui a profondément travaillé à sa diffusion. Avec le temps, l'hydrothérapie s'est alliée à d'autres médecines douces, devenant petit à petit ce que l'on appelle aujourd'hui la naturopathie. Le fil conducteur et unificateur de cette fusion est une philosophie commune dont voici les principes fondamentaux :

Primum non nocere (Premièrement, ne pas nuire)
L'attrait des médecines douces résulte en partie du fait que la plupart des produits naturels présentent très peu d'effets secondaires (ce qui ne veut pas dire que certains d'entre eux ne soient pas dangereux, d'où la nécessité de consulter des professionnels de la santé qualifiés). Mais surtout, le docteur en naturopathie sait reconnaître les situations où la vie du patient est mise en danger, et qui nécessitent d'urgence des soins médicaux. En d'autres termes, il sait référer le patient à d'autres praticiens de la santé lorsque cela s'impose.

Vis Mediatrix Naturae (Stimuler le pouvoir auto-guérisseur de la nature)
Les docteurs en naturopathie croient au pouvoir d'auto-guérison de l’organisme, c'est-à-dire à sa capacité inhérente à établir, à maintenir ou à restaurer un état d'équilibre sain lorsqu'on lui en donne les moyens. Le rôle du naturopathe est donc d'identifier les obstacles qui s'opposent à la guérison et d'aider le patient à les surmonter afin de permettre à la force vitale de l’organisme de s'engager dans un processus de guérison plutôt que de maladie. Plus concrètement, il pourrait par exemple s'agir d'identifier, puis d'éliminer, une allergie alimentaire cachée chez un patient souffrant de troubles digestifs; une fois l'agent allergène éliminé, la force vitale se chargera petit à petit de restaurer l'intégrité des muqueuses intestinales, ce qui aura pour conséquence de faire disparaître les symptômes associés aux troubles digestifs tels que des ballonnements, des gaz malodorants ou une diarrhée.

Tolle Causam (Éliminer la cause)
Un symptôme n'est autre que le mode d'expression d'un corps qui tente, parfois de façon inadéquate, de guérir le mal qui le ronge. Autrement dit, un symptôme n'est pas une maladie mais la manifestation d'une maladie. Pour prendre un exemple simple, c'est le cas classique d'un empoisonnement alimentaire qui provoquerait une diarrhée : en l'occurrence, la diarrhée est une réaction de l’organisme pour se débarrasser au plus vite de l'empoisonnement et ne constitue que la manifestation de ce dernier. Pour compliquer un peu les choses, il arrive souvent qu'une maladie se développe au fil des années pour masquer ou compenser une autre pathologie, ou que des maladies diverses aient une même origine insoupçonnée. Il est donc fondamental d'analyser le corps au-delà d'une pathologie et de le comprendre dans sa globalité en analysant l'ensemble des facteurs qui contribuent à son (dés)équilibre : la part d'hérédité, les traumatismes physiques ou psychologiques passés, le régime alimentaire, l'exercice physique, l'environnement social, les interventions médicales passées, une exposition possible à de fortes toxines environnementales, etc. C'est cette exploration qui permet au docteur en naturopathie de déterminer la cause première de la maladie, et de mettre sur pied un plan qui ciblera avant tout cette cause première. Certains symptômes pouvant être très incommodants, limitatifs ou douloureux, le docteur en naturopathie saura également faire appel à certaines mesures palliatives en même temps qu'il soigne le problème de fond. Cependant, ces mesures doivent rester temporaires. En effet, la suppression d'un symptôme affaiblit généralement l’organisme sans régler le problème de fond, ce qui le pousse à trouver une nouvelle forme d'expression de son malaise. Pour prendre un nouvel exemple, il est fréquent de voir un enfant asthmatique ayant souffert d'eczéma par le passé. Très souvent, en effet, l'eczéma a été supprimé par des corticostéroïdes sans que l'on en comprenne la cause (qui pourrait être par exemple une allergie alimentaire cachée), ne laissant pas d'autre choix à l’organisme que de se tourner vers un organe interne (les poumons) après avoir vainement tenté de s'exprimer au niveau d'un organe externe (la peau). Que se passera-t-il si, une fois l'asthme diagnostiqué, l'enfant est uniquement soigné à l'aide de médicaments visant à dilater les bronches? Le problème de fond n'étant toujours pas réglé, il développera avec l'âge d'autres maladies, par exemple un rhumatisme juvénile, ou plus tard des troubles digestifs importants. Il ne s'agit pas ici de minimiser la part des soins palliatifs dans le traitement. Dans le cas précité d'un enfant asthmatique, il est évidemment impératif de couper une crise d'asthme à l'aide des médicaments appropriés lorsqu'elle se présente. Cependant, il non moins fondamental de comprendre aussi pourquoi l'asthme se présente, afin de prévenir de nouvelles crises et d'éviter que le problème n'aille s'exprimer ailleurs avec le temps.

Docere (Enseigner)
En bout de ligne, c'est donc le patient qui, à l'aide de sa force vitale, se charge de la guérison proprement dite. Le docteur en naturopathie n'est en fait qu'un catalyseur qui permet au patient de se prendre peu à peu en main de sorte qu'en fin de traitement le patient sera devenu plus autonome.

Aujourd'hui, le terme naturopathie porte quelque peu à confusion, car il ne recoupe pas nécessairement les mêmes médecines douces. De son origine commune, l'hydrothérapie, ont émergé deux branches principales : l'une en Europe occidentale, l'autre en Amérique du Nord. La branche européenne, qui fut plus tard exportée au Québec, est restée centrée sur la nutrition, l'hygiène de vie et la phytothérapie. À l'inverse, la version américaine de la naturopathie s'est peu à peu élargie à d'autres médecines douces, la petite dernière étant la médecine chiropratique, qui fut intégrée en 1960. Le curriculum des écoles de médecine naturopathique nord-américaines met également l'accent sur les sciences médicales (anatomie, physiologie, histologie, pathologie, examen clinique, etc.) ce que n'ont pas les moyens de faire les écoles européennes et québécoises. Le programme de médecine naturopathique enseigné dans les écoles nord-américaines hors-Québec - dont seulement 5 sont accréditées - est donc un curriculum de 4 ans à temps plein qui marie une connaissance approfondie de l'approche allopathique avec une formation poussée dans les médecines douces suivantes :
  • La nutrition - ajustements alimentaires et suppléments diététiques

  • La phytothérapie (herboristerie) - utilisation des plantes basée à la fois sur les dernières recherches scientifiques et sur la connaissance empirique de leur propriétés véhiculée sur plusieurs centaines d'années, et ce pour nourrir, tonifier, stimuler ou désintoxiquer l’organisme

  • L'homéopathie - une médecine énergétique qui agit sur les plans physique, psychique et spirituel à l'aide de quantités infinitésimales de substances naturelles

  • La médecine traditionnelle chinoise - âgée de 5 000 ans, cette médecine fait appel à l'acuponcture, aux plantes et aux propriétés énergétiques des aliments pour restaurer l'équilibre physique et psychique

  • L'hydrothérapie - elle utilise essentiellement les contrastes de température pour tonifier les systèmes neurologique, immunitaire, endocrinien (hormonal) et cardiovasculaire

  • Le counseling - un dialogue ouvert où l'écoute est privilégiée afin de suivre, de comprendre et d’accompagner le patient dans son cheminement personnel

  • La médecine chiropratique

Après sa formation, le docteur en naturopathie choisira de mettre l'accent sur l'une ou plusieurs de ces médecines en fonction de ses centres d'intérêt et des termes légaux de la province dans laquelle il exerce. La médecine naturopathique est maintenant régulée dans un nombre croissant de provinces canadiennes (et d'états américains). Pour exercer dans ces provinces, la profession exige de surcroît que le docteur en naturopathie présente à la fin de sa formation des examens de licence au même titre que les autres professionnels de la santé (médecins, dentistes, vétérinaires, etc.).


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